Yorn Theary: "fonder un syndicat m'a coûté mon emploi"

Yorn Theary (24 ans) travaille depuis quatre ans dans l’usine Din Han qui produit notamment des vêtements pour Adidas.  En juin, elle a accouché de son deuxième enfant. Mais il est né en mauvaise santé et est décédé un mois plus tard. « La veille de sa naissance, je travaillais encore à l’usine. Comme il fait très sale et qu’il y a un mauvais climat, j’avais beaucoup de problèmes d’estomac à l’époque. Le médecin m’a dit que c’est ça qui a coûté la vie à mon enfant. »

 

Yorn Theary travaille 10 à 12 heures par jour, six jours par semaine. Heures supplémentaires comprises, elle gagne entre 220 et 230 dollars américains (soit environ 178 euros) par mois. Au printemps 2015, Yorn Theary a décidé de créer une branche du syndicat local C.CAWDU. « Nous étions à l’époque sous très forte pression de la part de la direction. Nos contremaîtres nous insultaient et enrageaient lorsqu’on faisait la moindre erreur. Nous avions par le passé déjà eu un syndicat à l’usine, mais il ne faisait rien pour les travailleurs. Nous nous sommes dit que nous avions besoin d’un nouveau syndicat pour défendre nos droits. »

Cette décision n’a pas été bien accueillie. Theary, qui était cheffe de production du département découpes, a été licenciée par la direction de l’usine, une punition souvent appliquée par les usines lorsque les ouvriers adhèrent à un syndicat indépendant. « Ils ont dit qu’il n’y avait plus de travail pour moi, mais ça n’avait aucun sens. Nous avions énormément de travail et devions faire des heures supplémentaires tous les jours pour terminer les commandes. La véritable raison de mon licenciement était que j’avais fondé un syndicat. »

Une tentative de C.CAWDU de faire récupérer son emploi à Theary via le Ministère du Travail resta sans résultat. Ce n’est seulement qu’après que le syndicat ait incité Adidas à entrer en dialogue avec l’usine qu’elle a été réengagée. Elle a maintenant le droit de défendre ses collègues au nom du syndicat. « C’est vraiment très difficile d’organiser quoi que ce soit. On me tient constamment à l’œil et parfois, ils font même des photos de moi quand je parle avec un collègue. Ils veulent m’empêcher d’attirer plus de nouveaux membres au syndicat. Notre syndicat compte actuellement 420 membres dans l’usine, mais sur 2000 travailleurs, cela ne suffit pas pour taper sur la table. »

Tout comme nombre de ses collègues, Theary doute que les marques telles qu’Adidas, Puma et Reebok soient suffisamment au courant de la réalité des situations dans les usines. « Je voudrais qu’ils connaissent la réalité de notre situation. Si les marques faisaient en sorte que nous ayons un bon salaire minimum, nous ne devrions plus faire d’heures supplémentaires tous les jours pour survivre. »

La travailleuse soupire profondément. En juin dernier elle a accouché de son deuxième enfant. Il est né en mauvaise santé et est décédé un mois après sa naissance. « La veille de la naissance, je travaillais encore à l’usine. Comme il fait très sale et qu’il y a un mauvais climat, j’avais beaucoup de problèmes d’estomac à l’époque. Le médecin m’a dit que c’est ça qui a coûté la vie à mon enfant. »