Phouk Chroch: "Je ne suis jamais certain d’avoir encore du travail dans trois mois"

Kledingarbeider Pouhk Chroch (c) foto: Charles_Fox

Phouk Chroch a 27 ans et s’exprime avec précaution lorsqu’il parle de son travail dans l’usine qui produit des vêtements de sport pour Puma et Adidas. Mais derrière cette réserve se cache une frustration profonde. Cela fait 10 ans que Chroch travaille dans l’industrie de l’habillement et il n’a toujours pas de contrat à durée indéterminée : « j’ai travaillé dans plusieurs usines, et à chaque fois on me donne un contrat de trois mois. »

 

Les contrats de trois mois sont bien connus des ouvriers cambodgiens. Les usines les utilisent pour intimider les travailleurs. Ceux qui se plaignent trop, qui ne travaillent pas assez ou qui refusent trop souvent le travail supplémentaire sont menacés de ne pas voir leur contrat renouvelé s’ils ne changent pas d’attitude.

Pour les hommes qui travaillent à l’usine la situation est souvent encore pire que pour les femmes, dit Chroch. « Les femmes reçoivent souvent un contrat de six mois, mais nous les hommes seulement des  contrats de trois mois. Les directions croient en effet que les femmes vont causer moins de problèmes que les hommes. Ils ont peur que s’ils offrent des contrats à long terme aux hommes, ceux-ci vont s’organiser et se révolter contre les conditions de travail dans l’usine. »

Les contrats à court terme créent de nombreux problèmes. Ils créent beaucoup de stress et d’insécurité parmi les travailleurs et les empêchent d’avoir une vision positive de l’avenir. Chroch: « Je ne suis jamais certain d’avoir encore du travail dans trois mois. Si jamais je ne suis pas les ordres du contremaître ou que je rentre chez moi sans faire d’heures supplémentaires, il est bien possible qu’il me licencie. »

Le père de deux enfants, qui travaille dur tous les jours, a le regard pensif. Il a vu les prix que paient les consommateurs occidentaux pour les T-shirts de sport. « Il y a un grand écart entre le travailleur et le consommateur », dit-il. « Ce serait bien si cette proportion devenait plus équitable. »

Ce qui rendrait Chroch plus heureux personnellement serait un contrat à durée indéterminée. « Je voudrais bien retourner dans ma province d’origine. Quand nous aurons assez d’argent, je veux y acheter un lopin de terre pour cultiver des légumes et avoir une petite ferme avec des poules ou des cochons. Si je pouvais emprunter l’argent, j’achèterais un terrain tout de suite. Mais avec un contrat de trois mois, il n’y a aucune banque qui accepterait de me prêter de l’argent. »