Bangladesh - Jef Van Hecken: "la situation reste difficile"

Jef Van Hecken a été notre coopérant pendant deux ans et demi au Bangladesh. Il était présent lors de la catastrophe du Rana Plaza qui a tué plus d’un millier de travailleurs. Il revient d’une mission au Bangladesh au mois de janvier et témoigne de ses impressions… Sur place, qu’est-ce qui a changé ?

 

Jef VH : J’étais présent lorsque les problèmes énormes de sécurité au Bangladesh se sont révélés. A savoir les deux fameuses catastrophes, celle de Tazreen et du Rana Plaza. Toute la misère et les conditions ouvrières sont sorties au grand jour. Bien avant ces catastrophes, nous travaillions déjà sur ces problématiques. Nous étions en contact avec les partenaires qui défendent les droits des travailleurs et leur protection.

Pouvez-vous nous parler des conditions de travail avant ces catastrophes?

Jef VH : Je dis toujours qu’il y a eu deux périodes : l’avant et l’après Rana Plaza. Le premier problème concernait la sécurité des bâtiments, rien n’était en ordre. Les ouvriers travaillaient dans l’insécurité la plus totale. Deuxièmement, les salaires étaient misérables, tout le monde était obligé de faire des heures supplémentaires pour arriver à gagner sa vie. Troisièmement, il n’y avait pas du tout la possibilité de s’organiser en syndicat pour les travailleurs afin de rendre l’organisation du travail plus humaine, moins stressante et plus sécurisée. Chaque initiative de se rassembler était bloquée, ceux qui essayaient étaient licenciés. Quatrièmement, il n’y avait aucune forme de sécurité sociale.

Quand est-il de l’après Rana Plaza ?

Jef VH : En 2013, deux accords importants et historiques ont été signés. Ils mettent en valeur l’importance de l’investissement en matière de sécurité des bâtiments. Les inspections qui ont suivi couvrent 3000 usines sur les 5000 du parc industriel du Bangladesh. Les 2000 autres sont couvertes par le gouvernement bangladeshi et sont moins strictes. Dans la société capitaliste bangladeshie, les ouvriers sont comme des instruments. Au niveau politique, certains dirigeants d’entreprise sont aussi au Parlement, il y a une forme de cumul malsain des professions et mandats.

Ils gagnent d’un côté pour en perdre de l’autre…

Jef VH : Le salaire était d’environ 30€ par mois en 2013. On a besoin de plus ou moins 100€ pour vivre dignement. Avec des heures de travail supplémentaires, on pouvait arriver à un maximum de 50€. Fin 2013, le salaire minimum a augmenté à 53€ sans heure supplémentaire. Celles-ci ne sont pas basées sur le nouveau barème mais sur l’ancien. Problème : les salaires ne sont pas indexés à l’augmentation du coût de la vie, et depuis, le prix de la nourriture a doublé. Autre élément qui rend la situation encore plus difficile pour les travailleuses et travailleurs : on est passé d’une production de septante pièces par jour à un quota de cent vingt. Pour remplir le quota, on preste des heures supplémentaires non payées ! Le travail est donc au final plus intense, et moins bien payé !

 Et concernant l’organisation syndicale,  comment est-elle maintenant ?

Jef VH : Les syndicats restent très faibles. Vu que ceux-ci sont mal vus, les travailleurs ont peur de perdre leur emploi. Il y en a qui font des actions pour tenter de faire bouger les choses dont le partenaire de WSM, NGWF, qui a toujours été lié à la Clean Clothes Campaign.

Pouvons-nous voir des améliorations en matière de protection sociale ?

Jef VH : Au niveau de la protection sociale, il y a les victimes physiques des catastrophes. On a créé un fond d’aide aux victimes. On essaye de créer un système public pour une nouvelle forme de compensation en cas d’accident de travail. Il y a une initiative de nos partenaires qui est remarquable, c’est celle de GK qui donne des services de santé pour les travailleurs. Les travailleurs et les entreprises forment un fond, et les soins de santé sont payés par ce fond. Dans ce système, il y a déjà l’employeur et le travailleur, mais où est le gouvernement ?

Et à travers votre expérience : comment se sent la population ?

Jef VH : Certaines personnes trop handicapées ne peuvent plus travailler. La plupart des jeunes travaillent quelques années pour épargner et revenir au village, c’est leur idéal. Dans les meilleures usines, les travailleurs sont contents. Ils ont même des cours de sécurité en cas de catastrophe. Mais les gens continuent à vivre dans les bidonvilles, ça reste dur et donne encore plus de pression. Il y aussi le bruit intempestif des machines dans les usines qui engendre des troubles du sommeil.

Quelles sont les pistes de solution pour les travailleurs locaux ?

Jef VH : Ce sont les mots des syndicalistes locaux : « nous produisons ce que vous portez ». Nous sommes liés. Ce n’est pas uniquement les entrepreneurs qui décident seuls, ils suivent les directives des marques. Cela veut dire que nous, consommateurs « du Nord », devons agir et interpeller les marques pour pousser au changement. Nous ne devons plus accepter le fast-fashion qui nuit aux travailleurs locaux. A nous de jouer !

 

Par Johan Secco, stagiaire Solidarité Mondiale.

 

 

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